conférence et atelier économie locale à la Maison des Acteurs du Paris Durable

Les 29 et 30 avril 2013 avaient lieu à la Maison des Acteurs du Paris Durable une conférence de Philippe Derudder ( http://www.aises-fr.org/ ) sur les monnaies complémentaires suivie le lendemain d’une rencontre « une économie locale est possible ».

Vers une « organisation sociétale de l’économie »

En Allemagne, à Schwanenkirchen, en 1931, on est en pleine crise. Une association, WÄRA, souhaite appliquer les théories de Silvio Gessel ( monnaie fondante... ). La population se montre prêt à accepter d’être payée avec cette monnaie à condition qu’elles soit acceptée par les commerces, or ces derniers sont méfiants. Mais lorsqu’un magasin général est implanté sur la grande place de la ville, très vite les commerçants ne souhaitent plus voir s’échapper cette clientèle solvable. La même chose est expérimentée à Wögl, sous l’impulsion du maire qui accepte cette monnaie pour payer les taxes. Ensuite une trentaine de communes rejoignent le mouvement et les autorités reprennent en main l’économie en interdisant ces initiatives. Pourtant ces monnaies avaient une réelle efficacité.

C’est à la même époque qu’est créé le WIR. Créé par des entrepreneurs, celui-ci a prospéré avec succès jusqu’à maintenant. Là les autorités ne s’y opposèrent pas - bien au contraire WIR obtint l’agrément bancaire. On lui reconnait généralement un rôle contrecyclique très important dans les moments de crises de liquidité. Cela économise la trésorerie et crée un effet club. Il existe aujourd’hui d’autres réseaux commerciaux comme WIR, par ex. le RES en Belgique.

Aujourd’hui en France il y a environ 500 monnaies de lien dénommées SEL, JEU ( Jardin d’Échange Universel ) ou l’Accorderie ( à Paris ). Le principe est un peu le même que celui des banques du temps italiennes. En général, il s’agit d’initiatives citoyennes qui peuvent être appuyées par les municipalités au niveau des moyens. Toutefois l’Accorderie est une initiative institutionnelle : Mairie de Paris et MACIF. Le nom est d’ailleurs déposé.

Le principe : faire d’abord l’inventaire de ce que chacun propose et éditer un catalogue. C’est la volonté d’échanger qui créé la monnaie. On n’a pas besoin d’avoir de la monnaie sur son compte pour échanger, contrairement à l’Euro. C’est un outil de mesure et de dynamisation. On y est riche si on possède des compétences, et quand on trouve dans le SEL des ressources.

C’est à chaque SEL de faire ses règles, mais il faut promouvoir le créativité, les projets, les objectifs, la dynamique monétaire, etc. Un exemple vécu : quelqu’un n’avait pas besoin de dépenser sa monnaie alors en conclusion de la réunion les membres ont proposé d’organiser une grande fête avec tous ses amis et de s’occuper de tout.

En France en ce moment il y a une grande dynamique autour des monnaies éco-citoyennes. On s’adresse ici à toutes les composantes de la société. Comment ça marche ? On commence par échanger des euros contre la monnaie locale ( en général à 1 pour 1 ). Quand les entreprises ont trop de monnaies locales elles peuvent la ré-échanger contre des euros. À quoi cela sert-il ? cela permet d’éviter la spéculation et de retourner à l’économie réelle ( en effet 95% de la monnaie est absorbée par la spéculation ). La bulle financière représente 50 fois le PIB mondial, et elle est surtout dans les produits dérivés. Cela permet à terme de relocaliser l’économie ( certains besoins sont de nouveau produits localement ). Et les valeurs exprimées dans la charte, ainsi que les projets qui en découlent, permettent d’orienter démocratiquement l’économie.

Les succès : doublement de la masse monétaire ( 1 part en épargne bloquée contre 1 exprimé dans la monnaie locale ). Permet de mieux penser la monnaie, en effet depuis le 15 août 1971 et la fin de l’étalon-Or, la seule raison de la rareté de la monnaie en est une mauvaise gestion. On s’imagine qu’elle peut manquer et qu’il faut en emprunter. On s’imagine que la monnaie part du haut de la pyramide. Créer et gouverner démocratiquement une monnaie aide donc à mieux comprendre l’économie. Dans ce système, on n’est plus conditionné à « trouver le budget pour financer le projet », il faut y savoir ce qu’on veut et s’organiser en conséquence.